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Gaude Succurrere Vitae
12.10.2002 - 02.02.2003 | Gand, S.M.A.K. - Stedelijk Museum voor Actuele Kunst
Aussi dans le Musée d'Art Contemporain in Lyon, à la Galleria d'Arte Moderna e Contemporanea à Bergamo et à la Fondació Joan Miró en Barcelona

L'exposition Gaude Succurrere Vitae a réuni les dessins et les films de Jan Fabre. Pour ce dernier, dessiner est aussi vital que respirer. Plus que l'étude préparatoire de ses œuvres plastiques et scéniques, cette activité quotidienne est avant tout un exutoire à son incessant flot de pensées. « Dessiner est une façon de penser. » dit-il à ce sujet.

Les historiens de l'art considèrent encore souvent le dessin comme une ébauche, une étude préalable à la réalisation de l'œuvre. Mais Fabre ne partage en rien cette conviction. Pour Fabre, le dessin est un média autonome, émancipant ainsi l'art du dessin et le hissant à un format et à un niveau inhabituel.* S'il arrive qu'ils servent à explorer des idées qui réapparaissent ultérieurement, ils sont le plus souvent des réflexions sur des œuvres précédentes ou tout simplement des œuvres d'art autonomes. Les dessins abordent les thèmes récurrents de son œuvre : le corps en tant que laboratoire, le scarabée comme guerrier, la métamorphose, le dialogue entre les morts et les vivants…

Les dessins voient le plus souvent par séries. Si Fabre dessine avec les matériaux classiques que sont le crayon, le stylo à bille Bic et l'encre de Chine, il n'hésite pas à se servir de matériaux nettement plus incongrus : des larmes, du sang ou du sperme qui mettent le corps en exergue et permettent au dessin de dépasser son état d'objet bidimensionnel. Le lien entre la représentation et ce qui est représenté se resserre tout en se décuplant. « Un dessin est un corps avec un nez et des oreilles », dixit Jan Fabre. Il conçoit le corps, et plus généralement l'existence humaine, comme une essence dynamique, qui doit se développer et s'épanouir. D'où le titre de l'exposition Gaude Succurrere Vitae : réjouissez-vous de venir en aide à la vie. Tel est l'enjeu de l'imagination poétique de son œuvre. Le rapport au corps se manifeste également dans les performances qui ont donné le jour à certains dessins. Fabre a par exemple dessiné la série My body, my blood, my landscape avec son propre sang, obtenu en pratiquant des saignées. Pour la série de dessins Ilad Of The Bic Art, Fabre s'est enfermé trois jours dans une chambre blanche avec des meubles blancs et un stylo à bille Bic d'encre blue. Ainsi, Fabre transforme ses dessins en objets tridimensionnels, en sculptures composées d'un recto et d'un verso.

L'exposition montrait également les films de Jan Fabre. Franchir le cap du dessin au film coulait de source car pour lui, filmer signifie peindre avec de la lumière. C'est d'ailleurs la définition que l'on pourrait donner de ses films. Dans Ik, Prometheus die zich van zijn eigen tekenmateriaal voorziet (Moi, Prométhée qui se procure son propre matériel de dessin) un homme plongé dans l'obscurité totale gratte une allumette qu'il laisse se consumer entièrement. Dans Zelfmoord ? (Suicide ?) le jeune Fabre joue à la roulette russe. On le voit systématiquement ramener le revolver à sa tempe. À l'instar des dessins, le mouvement est mis en lumière et la répétition occupe une place prépondérante. Au fur et à mesure, le mouvement répétitif gagne en signification, s'enrichit de sens. Fabre considère la répétition comme du temps visuellement structuré au point d'en devenir visible. Le temps se transforme ainsi en une surface réfléchissante.**

L'exposition Gaude Succurrere Vitae a été présentée au Musée d'art contemporain de Gand, le S.M.A.K., à l'automne 2002 ; à la Galleria di Arte Moderna e Contemporanea, le GAMEC, à Bergamo en 2003 ; à la Fundació Joan Miró à Barcelone en 2003 et au Musée d'Art Contemporain à Lyon en 2004.



* Hertmans, S. There's no getting used to art. (These are drops of the lonesome heart), L'Ange de la Métamorphose, L'Arche, Paris, 2003.

** Hertmans, S. Boucles, gaya scienza et travail de Sysyphe. À propos des films de Fabre, L'Ange de la Métamorphose, L'Arche, Paris, 2003.

Gaude Succurrere Vitae
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